Première fois : Chapitre 2 : Boum Boum !

Boum, boum !

De retour chez moi, je me branche direct sur YouTube. Ce DJ y poste régulièrement ses dernières compositions, sur sa chaîne personnelle. C’est d’ailleurs grâce à ce réseau d’hébergement de vidéos, qu’il s’est fait remarquer par une célèbre pop star vieillissante. D’après ce que j’avais lu, impressionnée par les vidéos de ses performances, elle l’avait sollicité pour son « come back » sur le devant de la scène. Le succès avait été au rendez-vous et Tekdan mène, depuis, sa carrière avec brio.

La particularité de ses vidéos, c’est qu’elles finissent toujours par un « face caméra », autrement dit, un gros plan sur son visage. Avec un peu de chance, il regarde vraiment la caméra, et pas un peu au dessus comme lors d’un shooting portrait. En tant que danseuse, j’ai participé à de nombreuses séances de photos, et je connais assez bien les techniques des photographes. Je pratique aussi, en amatrice.

Bref, il faut absolument qu’il regarde la caméra, parce que je dois lui rendre ce regard, droit dans les yeux, et là tout de suite, je n’ai pas son numéro de téléphone pour lui proposer un rencard… Or, hier soir, c’est exactement au moment où j’ai croisé son regard, qu’il s’est passé ce truc…

Hier soir… Ah voilà, on arrive à la fin de la vidéo… Vas-y, redresse la tête, et…regarde la caméra, regarde moi…. Regarde-moi, quoi !! Mince ! Ça ne fonctionne pas, il ne s’est rien passé… En même temps, ça n’a rien d’étonnant, il y a bien trop de « filtres » entre ces yeux et les miens… Bon sang, je veux revoir ces images, je veux les revoir !!

Donc… Hier soir, j’étais invitée dans une soirée du genre VIP.  Un genre, d’ailleurs, que je n’ai jamais, réellement, aimé fréquenter. Cependant, comme toute bonne danseuse, je saisis toujours l’occase d’aller me trémousser sur une piste quand on me la donne.

Arrêter de danser professionnellement, ne m’a toutefois pas éloignée des quelques fidèles amies que ce métier m’a apportées. Alors quand Agathe m’avait proposée de les rejoindre sur Paris pour danser toute ou une grande partie de la nuit, même si l’électro n’est pas mon style de musique favori, j’ai accepté de suite.

Toutes les légendes sur la rivalité entre danseuses me font bien rire… Il n’y a pas plus de rivalité dans le monde de la danse que dans n’importe quel autre milieu, artistique ou pas ! Comme partout il y a des personnes sympas et sincères dans leur démarche, que ce soit pour les relations humaines ou dans leur rapport personnel avec leur métier. Et puis, malheureusement, il y a les autres, les arrivistes, ceux dont les dents rayent tellement le parquet qu’ils n’hésiteront pas à user de tous les moyens en leur possession pour être en haut de l’affiche ou de l’organigramme… Mais il n’y en a pas plus chez les danseurs qu’ailleurs. Je tiens à rétablir la réalité !

Donc mes amies, sont de vraies amies, avec la même passion que moi. Elles m’ont soutenue après mon accident, comme seules de vraies amies pouvaient le faire, et nous sommes toujours restées en contact, parce que ce qui nous liait était sincère.

Agathe est danseuse dans la revue du Moulin Rouge. Cette semaine elle est en congé, ce qui lui permet de sortir un peu. Les danseuses du Moulin rouge sont très courtisées… Il leur faut donc une bonne dose d’intelligence, si elles ne veulent pas se faire avoir par les prédateurs qui leur tournent autour. Mais ce sont à ces mêmes prédateurs qu’elles doivent d’être très souvent invitées, là où le commun des mortels ne met jamais un doigt de pied.

J’arrivais donc en vue du Palace, qui était loué pour la soirée, par cette fameuse pop star pour son anniversaire. Dans ce monde là, qui se situe environ à 10 000 mètres d’altitude au dessus du mien, on fête son anniversaire au Palace, c’est normal.

Nullement impressionnée par les visages très célèbres que je reconnaissais en cherchant Agathe, je l’aperçu enfin, en train de converser avec le physionomiste chargé de filtrer à l’entrée.

La soirée était privée, mais soucieuse d’améliorer son image auprès de la jeunesse, la reine de la soirée avait lancé un défi sur les réseaux sociaux. Ce n’était pas bien compliqué, il fallait faire en sorte d’être costumé comme n’importe quel personnage de ses clips vidéo, et 50 personnes seraient choisies à l’entrée, en plus des invités.

Le défi avait été relevé haut la main à en juger par le nombre de jeunes aux looks plus déjantés les uns que les autres qui se pressaient à l’entrée. Je plaignais le physio finalement, et je suis certaine qu’il devait bénir Agathe de lui apporter un peu de répit.

Je klaxonnais à l’adresse d’Agathe justement, qui me fit signe de la rejoindre, et je lui expliquais avec de grands gestes que j’allais me garer au parking souterrain, un peu plus loin.

Si j’étais un petit gabarit, parfait pour danser Pinocchio, Agathe en revanche était une liane, toute en longueur, et toute en blondeur, un brin scandinave d’apparence, alors que rien dans ses origines ne pouvait en être la cause…

Nous formions donc un drôle de tandem au moment d’entrer, bras dessus, bras dessous, dans le saint des saints.

Un homme très élégant, d’environ une trentaine d’année vint nous accueillir, visiblement très heureux de la présence d’Agathe. Elle fit brièvement les présentations, Alain, Cali, Cali, Alain, à vous deux, ça fait Câlin, ha ha !… Alain, donc, nous accompagna au bar pour nous offrir une coupe de champagne. Je décrochais rapidement de la conversation, et me mis en mode observation… Je ne suis pas très loquace avec les gens que je ne connais pas… Cependant je pouvais d’ores et déjà me faire un avis sur ce charmant jeune homme. Il semblait réellement sous le charme de mon amie, et buvait littéralement plus ses paroles que le contenu de sa coupe de champagne. Peut-être ne faisait-il pas partie des prédateurs, celui là…

Bien ! Quoi qu’il en soit, je n’étais pas venue pour chaperonner Agathe, mais pour passer une excellente soirée « on the dance floor » ! Le boum boum obsédant de la musique commençait à emplir mon corps d’une énergie qu’il me fallait dépenser ! Je me frayais donc un passage jusqu’à la piste, jusqu’au milieu de la piste plus exactement…

Contrairement à la scène où on se retrouve, de facto, sous les feux des projecteurs, en pleine lumière, pour émerveiller les spectateurs, j’avais besoin, en cet instant, de me fondre dans la foule et la ressentir tout autour de moi, comme un cocon protecteur.

Là, seulement, je m’abandonnais à la pulsation électronique de la musique… Je marquais la mesure avec ma tête, l’inclinant à droite et à gauche, devant, derrière, et laissais le son se propager dans mes membres, les nourrissant de son énergie électrique. Je tanguais, mes bras prenant vie lentement et s’élevant le long de mon corps que je laissais totalement à la merci du pouvoir de la musique.

J’alternais les mouvements, énergiquement saccadés, puis sensuellement langoureux, ondulant et sautillant, accrochée au tempo, comme l’élève musicien à son métronome, et la foule tout autour de moi, semblait animée de la même énergie, comme si nous la partagions tous, comme si nos corps communiaient mais en gardant leur individualité propre. Séparés par l’esprit, unis par les corps…

Les morceaux s’enchaînaient, et j’enchaînais avec eux, jamais fatiguée… Si la musique ne s’était pas arrêtée soudainement, j’aurais pu danser jusqu’au bout de la nuit. Mais elle stoppa net, et me sortit de ma transe…

Intriguée, je relevais la tête, le regard attiré par la scène où se produisait Tekdan.  Visiblement une annonce se préparait. La reine de la soirée allait bientôt faire son entrée !

Je me rapprochais ostensiblement et m’intéressais un peu plus à ce DJ que tout le monde semblait vouloir s’arracher. Il semblait très concentré sur ses platines. Il devait certainement organiser ses sets pour envoyer du lourd, juste après l’intervention de La Madonne.

Mais alors que j’étais rendue tout près, il me vit. Nos regards se croisèrent, et, la seconde d’après, je ne voyais plus rien !

Paralysée, et le souffle coupé, je regardais le nouveau panorama que j’avais soudain devant les yeux.

La scène, la piste, les alcôves, les lumières, la régie, la star, Tekdan, tout avait disparu. J’étais sous la neige, une neige battante, une vraie tempête ! Je pouvais même ressentir la morsure du froid sur ma peau… Je voyais au loin ce qui semblait être le sommet d’une montagne, le ciel blanc, et je finis par distinguer une main, prolongée par un bras, puis un visage, flou, et deux yeux, terrorisés.

Je secouai la tête pour tenter d’échapper à la vision de ce terrible regard, inquiet et empli d’effroi et je sentis que ma vie dépendait de cette main qui tenait fermement la mienne.

Ne tourne pas la tête, pensais-je alors spontanément, le cœur battant à tout rompre, ne te retourne pas !

Je m’accrochai désespérément au regard de l’homme. Il me criait quelque chose, mais je ne parvenais pas à l’entendre ! Je voyais seulement ses lèvres remuer.

Puis ce fut plus fort que moi, je tournai la tête…

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