Première fois, chapitre 4 : Recherches…

Voilà donc ce qui me fait m’accrocher à mon écran d’ordinateur, alors que j’ai des milliards d’autres choses à faire…

La nuit ne m’a bien évidemment pas « porté conseil », ni le petit déjeuner fort sympathique au demeurant, avec Agathe, et Alain, qui est venu la chercher comme prévu, et pour finir, ce pauvre Bruno a fait les frais de mon impatience…

J’ai bien demandé à Agathe si elle avait un moyen d’approcher TekDan, si Alain le connaissait, par exemple, puisque c’est lui qui nous avait invitées. Mais non, il n’est qu’un ami, d’un ami, d’une connaissance de l’attachée de presse de l’événement. Ce qui fait suffisamment de personnes pour faire barrage à toute approche si j’essaye de la contacter. J’aurais l’air de quoi en me présentant… « Bonjour, je suis l’amie, d’un ami, de l’ami, d’une de vos connaissances et j’aurais besoin de voir DJ TekDan, de toute urgence ! ». Elle se contentera de ricaner et me raccrocher au nez, non sans me souhaiter une bonne journée…

Je soupire…

C’est une star… autant que la Madonne… Comment approche-t-on une star quand on fait partie du commun des mortels ?

Et si… je laissais un commentaire sous une de ses vidéos ? Après tout, qu’est-ce que je risque ? Au pire, ce n’est pas lui qui gère sa chaîne youtube, et je passerai pour une fan lambda ! Et au mieux, il a aussi ressenti quelque chose hier soir, même un tout petit rien, et peut-être sera-t-il intrigué ?

Bon allez, je me lance… Voyons voir, les titres de ses œuvres… Tiens, « The other side » voilà qui est parfait !

Alors, fermer les yeux, écouter ce morceau aussi, tant qu’à faire, et trouver l’inspiration…

Cliquer, taper : « Me teniez-vous assez fort ? J’avais si froid… La neige est venue, vous avez disparu… Me teniez-vous assez fort ? », et… Envoi !

Bon… Plus qu’à attendre maintenant… Sauf qu’attendre ce n’est pas mon fort. Même quand, dans ma vie, les circonstances m’obligent à faire preuve de patience, je le vis, toujours, comme un calvaire… C’est plus fort que moi, il faut que je m’occupe, au moins l’esprit ! Que me dit cette page youtube par exemple… Tiens un lien, vers son site officiel. Erreur 404 « page not found » me dit Chrome… Et zut ! Il faut dire que la vidéo sur laquelle mon choix s’est arrêté pour mon commentaire, n’est pas très récente, et de nos jours, ça va très vite sur la sphère internet… Les sites, les blogs naissent et meurent, repères éphémères et superficiels… On prend, à tort l’habitude de visiter régulièrement un des ces lieux et un jour, paf, plus rien…

Donc ! Voyons voir l’historique des publications. Ou plutôt, que suis-je bête ! Voyons l’accueil de sa chaîne ! Pfff… A croire que je ne fais jamais de recherche sur le net !

Eh ben, voilà ! Un lien facebook ! Je devrais y trouver plus de renseignements… Enfin j’espère, parce que je risque de tomber sur… La copie de la page Wikipédia qui lui est consacrée… Evidemment… Punaise ! Il est déjà si célèbre que ça ? Pourtant, je suis personnellement quelques pages d’acteurs que je trouve, comment dire, très à mon goût, et ce sont bien des pages facebook, qu’eux-même, ou des administrateurs, gèrent. Quoi qu’il en soit, on peut suivre leur carrière, trouver des liens pour accéder au site de leurs diverses fondations caritatives (ils en ont presque tous), qui pour les loups, qui pour la promotion de la culture vegan, qui pour télécharger la première minute de leur dernière compo, qui le lien vers leur agence artistique… Mais lui, non ! C’était trop simple !

Dernière idée, une « fan page ». Il y aura au moins une indication de son prochain lieu de concert ?

Il ne me faut qu’une seconde pour trouver « Love TekDan », la page la plus fréquentée visiblement, vu le nombre de followers affiché au compteur… Je vois enfin l’info que je recherche, et au lieu de crier « euréka ! », je commence à me demander si cet homme, talentueux au demeurant, n’est pas né pour m’enquiquiner…

Prochain événement donc :    15 avril 2016

Harpa, Reykjavik,

Islande…… !!

Dans une semaine, donc… Super ! Je reste comme une idiote devant mon ordi, les yeux dans le vague, à ne vraiment pas savoir que faire. La seule pensée que j’ai à l’esprit, alors que je ne connais absolument pas ce TekDan, c’est qu’il m’énerve. Totalement irrationnel, n’est-ce pas ? Un homme que je ne connais pas, dont j’ai croisé le regard une seconde dans toute ma vie, dont la musique ne m’intéressait même pas avant-hier soir, encore moins sa vie dont je n’avais un qu’aperçu très vague, via les titres d’une certaine presse… Eh bien cet homme, m’énerve…

Cet homme m’énerve ??

Bon allez, c’est stupide ! JE suis stupide ! Au diable la neige, les yeux, boum boum, le palace et tutti quanti ! Tu as un cours à donner dans deux heures ma fille ! Redescend donc tes pointes sur Terre, comme tu as su si bien le faire remarquer à Bruno.

Il est temps d’oublier tout ça, et de reprendre le cours de ma vie, basta cosi !

J’éteins donc mon ordi et me dirige vers ma salle de bain, pour me rafraîchir, avant de me changer pour me rendre au conservatoire municipal. Et cette fois-ci, dans MON studio de danse, enfin celui où je dispense mes cours.

Ah…et puis, j’irais faire un coucou à Bruno, pour le rassurer, et m’excuser de mon attitude du matin.

Du concret, il me faut du concret, à nouveau !

Quand je quitte mon appart, j’ai complètement oublié le commentaire laissé sous la vidéo de TekDan…

Quatre heures plus tard, je papote avec les élèves adolescents de mon deuxième cours, avant d’accueillir les adultes pour le cours du soir. Enchaîner les cours, sans prendre de pause, au moins pour me restaurer, ne me ressemble guère, mais j’ai besoin de m’ancrer dans la réalité du travail.

Pour le plus grand plaisir de mes élèves, j’ai décidé de me mêler à eux pour travailler les chorégraphies que nous répétons depuis le début de l’année. Mes élèves participeront également aux festivités du mois de mai. C’est leur récompense. Montrer, au cours d’un spectacle, les progrès réalisés dans l’année.

Aujourd’hui la nécessité de danser, de m’exprimer avec chaque muscle de mon corps, est vitale pour me permettre de faire le vide dans mon esprit. Je ne veux plus penser à ces images qui ne m’appartiennent pas. Et la concentration est le seul remède à la dispersion des pensées. En tout cas, ça marche pour moi.

Les élèves apprécient beaucoup ces moments, où je danse avec eux. L’espace de cet instant, je ne me contente plus d’être la prof qui donne les directives ou corrige les postures. Je partage, avec eux, tout ce qu’implique, physiquement, la pratique de la danse.

La danse, pour ceux qui choisissent cette voie, même si ça ne doit rester qu’une voie de loisir, ou d’hygiène de vie, est difficile. La danse ne vous donne pas seulement la possibilité de faire travailler, efficacement, vos muscles. Elle donne la parole à votre moi en émoi. Elle veut que vous transmettiez un message avec votre corps, exactement avec la même intensité, et parfois même plus d’intensité, que vous ne le feriez avec des mots.

Les malentendants, avec la langue des signes, ont parfois des gestes d’une grande amplitude, et ces gestes qui ont une signification en eux-mêmes, combinés à l’expression de leur visage, leur permettent de communiquer.

La danse, d’une certaine manière peut se percevoir, et se recevoir, comme une langue des signes. A la différence qu’on fait surtout appel à l’émotion. Ce qui n’est pas le centre de toutes les conversations, de manière générale.

Quand vous ouvrez les bras, les jambes, les mains, vous parlez. Vous dites, je suis là, ouverte au dialogue avec toi, toi l’autre, toi le public, toi le miroir… Et dans le même temps, vous invitez cet autre à participer, ou simplement écouter. Pas chassés, de bourrée, glissés, pirouettes et sauts de biche, racontent une histoire. Vous refermez les bras et ça met le point final.

C’est en dansant que je parle le mieux de moi, mais que je m’auto-analyse également. Pas besoin de divan. Juste la musique, et mon corps.

Et plus je bouge, tourne, saute et virevolte, plus mon auto-séance de psychanalyse porte ses fruits. Les pensées confuses, les images qui m’avaient assaillie comme les flashs des photographes, la veille au Palace, et s’étaient imposées à moi comme le parasite se lie à son hôte, prennent doucement le chemin de l’entrepôt des souvenirs et des rêves indéfinis. Ils n’y disparaissent pas, mais ne sont plus vivaces. Ils se mettent en sommeil, attendant d’être, un jour peut-être, ou peut-être jamais, sollicités.

Les applaudissements qui concluent chaque cours retentissent dans le studio. Pleinement satisfaite de ma journée de cours, je ne pense même plus à Bruno que je m’étais pourtant promis d’aller voir.

Les élèves partent vers les vestiaires… La nuit commence à tomber sur le conservatoire. Le silence arrive presque d’un coup, et j’en profite pleinement… Si bien même, que je ne me rends pas compte tout de suite, que mon portable vibre avec insistance au fond de mon sac.

Je me précipite pour le saisir, réalisant que ça fait peut-être un moment qu’on essaye de me joindre. Mais j’arrive trop tard. Je trouve un appel manquant d’Agathe. Je m’apprête à la rappeler, mais, l’icône indiquant que j’ai reçu un texto, apparaît. C’est elle. Elle me dit d’aller jeter un coup d’œil sur la chaîne YouTube de TekDan…

Et bim !! Le retour de la neige en mode  FULL HD dans mon esprit ! Tout le travail de l’après-midi à jeter aux orties…

« Bon, mais d’abord, comment se fait-il qu’Agathe me parle de ça…. Je ne lui pas du tout raconté mon escapade virtuelle de la matinée, ni du commentaire que j’ai laissé ?? »

Je n’ai plus qu’à la rappeler pour en savoir plus !

« Ah, enfin ! me dit-elle directement en décrochant… Tu es allée voir ?

— Non…je suis encore au conservatoire, je verrais ça à la maison, tranquille. Mais qu’est-ce que je devrais y voir au juste ? Ce matin j’ai bien déposé un commentaire sous une de ses vidéos, mais…

— Tu as quoi ? Mais sous quelle vidéo ? En tout cas, je ne l’ai pas vu ! Mais peu importe, il a posté une nouvelle vidéo, et comme je suis abonnée à sa chaîne, j’ai reçu une notification. Et tu dois, A B S O L U M E N T, aller voir ! Tu le fais, et tu me rappelles après.

— Bon ben ça y est, là pour le coup, tu as réussi à m’intriguer ! Je file à la maison ! A tout à l’heure, dis-je en raccrochant, complètement ahurie par ce qu’elle venait de m’apprendre et un peu inquiète du caractère insistant de sa demande…

En sortant du conservatoire, je jette un regard en arrière et vois Bruno sortir de son studio… Il a les épaules basses, et un air général un peu triste. Il faudra absolument que je trouve un moment pour lui parler…

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