Première fois, chapitre 6 : Réalité

Note de l’auteure : L’illustration n’est pour une fois pas en rapport avec le chapitre, mais le précédent car c’est bien dans le précédent, que Cali découvre le visage de Louis, pendant sa vision se déroulant sur le pont des arts… Eh oui, comme quoi même l’auteure peut se mélanger les pinceaux !! Promis le prochain chapitre aura l’illustration qui lui sied ! 

 

TekDan est là.

Encore un peu loin de moi, mais il est là…

Il n’avait pourtant pas répondu à mon dernier message. Ceci dit,  Si nos pensées s’alignent, comme les événements tendent à le prouver, il savait qu’il devait le faire. Tout comme moi, je suis venue, c’est tout. C’était l’évidence. Une évidence qui n’avait eu de cesse de grandir en moi durant la nuit. J’avoue que ça me fait un petit peu peur, compte tenu des circonstances, mais je crois que lui, et moi, avons la conviction profonde que nous avons des choses à nous dire. C’est comme une certitude inébranlable, qui me conforte dans ma décision de m’entretenir avec lui.

C’est réconfortant, la certitude … Vous ne vous posez plus aucune question, vous avez l’esprit serein. Vous devez faire quelque chose et vous le faîtes. C’est aussi simple que ça ! Et pourtant,  nos vies sont  remplies d’incertitudes ! Nous nous compliquons sans cesse l’existence, et dans tous les domaines. Parfois, prendre une décision, parait aussi ardu qu’entreprendre l’ascension par la face Est de l’Everest. Alors qu’il suffit de faire le premier pas, et le deuxième arrive naturellement.

TekDan est à quelques dizaines de mètres devant moi, tout au plus. Je ne me presse pas pour avancer, je me donne, ainsi,  le temps de l’observer.

Il me tourne le dos, et contemple le long ruban de la Seine, étincelant sous la lumière des réverbères parisiens. C’est une image paisible. J’aime bien son look simple et décontracté,  plutôt « street wear ». Tant mieux ! J’aurais été très mal à l’aise avec quelqu’un tiré à quatre épingles. Alors que lui,  a plutôt, cette allure du « boy next door ». Le garçon d’à côté, qu’on croise tous les jours, et qu’on a remarqué, sans pour autant s’en souvenir vraiment. Pas de signes particuliers, qui le distingueraient vraiment. Peut-être en découvrirai-je, de plus près…   J’avance donc encore un peu, et j’ai le temps de voir, et d’apprécier, son épaisse tignasse, couleur châtaigne, qui déborde de sa capuche.

Il a emporté avec lui sa passion pour la musique, sous la forme des gros écouteurs qui sont  vissés sur ses oreilles. Et… Je me surprends à avoir envie de savoir ce qu’il écoute, en dehors de ses propres compositions.

Alors que je me rapproche encore, la température semble avoir monté d’un cran et le temps, se dérouler au ralenti.

Les amoureux n’ont pas renoncé à venir en ce lieu si symbolique, malgré la disparition des cadenas, et l’atmosphère n’en est que plus paisible. Ils vont et viennent de chaque côté.  Certains me frôlent presque. J’aperçois alors leurs sourires, et les petites flammes qui dansent dans leurs yeux. L’air ambiant respire l’amour et circule, de part et d’autre du pont,  formant une sorte de couloir de bienveillance. Tout à leur intimité, ils n’ont pas conscience que les sentiments amoureux qui les animent, sont une force puissante qui rayonne tout autour d’eux, et l’espace d’un instant, j’ai la sensation d’en être positivement contaminée !

Cependant, la distance entre TekDan et moi diminuant de façon significative, je commence à éprouver quelque chose qui pourrait ressembler à de l’appréhension.

Contrairement à moi, lui ne me connait pas. Lorsque nos regards se sont télescopés cette nuit-là, au Palace, il a vu une autre femme, celle de la vision. Notre vision si je puis dire, comme en atteste le dessin qui accompagne sa dernière compo !

Et c’est bien cette vision qui m’inquiète ! Je crains de la voir revenir. Que tout ça ne se reproduise, et que je ne me retrouve encore, expédiée vers un autre ailleurs, je ne sais où… Si nous nous regardons de nouveau dans les yeux, qu’est-ce qui nous garantit que cela ne va pas recommencer ? Mais comment communiquer, sans nous regarder ? Tout ça risque vraiment de ne pas être simple.

Bon, de toute façon, le mal être que je ressens depuis cette fameuse nuit ne me laisse pas trop le choix ; je dois affronter pour comprendre ce qui m’arrive et puis c’est tout !

Plus que trois mètres, deux  mètres, un mètre… Je prends mon courage à deux mains et tapote légèrement son épaule…

— TekDan ? dis-je, timidement…

Il sursaute imperceptiblement, sortant de sa rêverie et se tourne vers moi. J’évite son regard in extrémis, en plongeant aussitôt le mien vers le sol. Je ne peux donc pas voir sa réaction, mais j’imagine qu’il doit être intrigué !

— Jordan,je préfère, dit-il… TekDan c’est pour le boulot ! Et je suppose que vous êtes  Cali ? Un joli prénom, peu courant…

— Merci, je réponds, m’obligeant à regarder fixement mes chaussures, bien qu’agréablement surprise, par le timbre de sa voix…

Cette rencontre commence à prendre un air surréaliste. Je parle à une célébrité, un DJ reconnu dans la sphère musicale (qui cependant ne doit pas être assez célèbre pour se cacher, étant donné qu’il est là tranquillement, avec moi, sur le Pont des Arts, à me complimenter sur mon prénom) Et moi, petite danseuse de rien du tout, je contemple mes pieds, par crainte de  me retrouver téléportée dans une autre dimension (et accessoirement de tomber dans les pommes, puisque l’un ne va pas sans l’autre)…

— Tek… Jordan, excusez-moi de ne pas vous regarder quand je vous parle… Je ne veux pas paraître impolie, mais, si nos regards se croisent, j’ai peur qu’il nous arrive quelque chose de similaire  à ce que nous avons déjà vécu. Vous me suivez ?

— Oh ! En effet, je vous suis très bien…  Je n’avais pas pensé à cette éventualité, mais vous avez raison ! Mais, comme on dit : à chaque problème sa solution. Vous savez ce qu’on va faire ? Vous allez contempler la Seine, comme je le faisais à l’instant. Et nous bavarderons ainsi, en regardant tous les deux dans la même direction. Car il faut qu’on parle, c’est certain… J’ai beaucoup de choses à vous dire, sans doute plus que vous ne le pensiez quand vous avez décidé de prendre contact.

— Ah… J’ai donc bien fait de vous envoyer ce mail et de vous proposer ce rendez-vous, dis-je, tout en  m’obligeant à porter mon regard loin devant, malgré mon envie grandissante de le regarder en face.

— Oui, Cali, vous avez bien fait, et je vous remercie sincèrement d’avoir pris cette initiative. Je n’aurais pas su comment vous retrouver et il faut vraiment que nous parlions…

Je prends conscience que quelque chose d’insolite se trame autour de nos deux personnes. Je m’attache donc à regarder fermement au loin, afin de le laisser me parler, et de connaître sa version de l’histoire. J’ai le cœur qui bat tellement fort que j’ai l’impression qu’on pourrait l’entendre à l’autre bout de Paris.

Il prend une profonde inspiration, comme s’il cherchait à se donner du courage, puis j’entends à nouveau sa belle voix grave…

— Alors, voilà, poursuit-il… La neige, le vent, le froid, la peur, cette  inconnue que je retiens, en espérant de tout mon cœur pouvoir empêcher un drame… Eh bien ça fait des années que je fais ce cauchemar. Mais parallèlement, je fais aussi des rêves, et cette femme y est toujours présente. Je l’ai vue ici-même, sur le Pont des Arts, à Rome, face à la Fontaine de Trevi, à Venise également, passant sous le pont des soupirs, et aussi dans le couloir d’un train, et pas n’importe lequel, l’Orient Express ! Puis il y avait le Golden Gate à San Francisco, ou encore le Tower Bridge à Londres. Ils commencent toujours exactement de la même façon, à croire que le Metteur en scène de « Rêves et Cauchemars Production » est un véritable maniaque. Il y a d’abord ce plan rapproché des mains, les mains de l’homme que je suis toujours dans ces rêves, puis celles de la femme qui m’accompagne. Ensuite, les plans s’élargissent laissant apparaître les jambes, le haut de nos corps et enfin  je finis par voir le visage de celle qui partage la pluparts de mes nuits, lorsque Morphée m’entraîne dans son sillage. Chaque fois ce sont des rêves sublimes. Mais pas celui de la neige, qui est, comme vous en avez fait l’expérience,  un véritable cauchemar.

Totalement abasourdie par ce que je viens d’entendre, je m’interroge en silence… Des rêves ?

— Mais, alors, l’autre soir, dis-je, réellement troublée, au Palace, quand nos regards se sont croisés, nous avons bien eu la même vision horrible de cette femme suspendue au dessus du vide, n’est-ce pas ?

— Ça se pourrait bien, en effet, admit-il en faisant jaillir la flamme de son briquet avec lequel il jouait distraitement depuis quelques minutes.

Il le range dans sa poche et crois les bras sur la rambarde. A cet instant, je donnerais n’importe quoi pour voir son expression. Le ton de sa voix a changé, il semble soudain abattu.

— Auparavant, poursuivit-il, je ne faisais ces rêves, que lorsque je dormais. Puis vous êtes apparue dans ma ligne de mire et soudain quelque chose de nouveau est arrivé. Cali… qu’avez-vous exactement vu dans votre vision ? demande-t-il. J’ai besoin d’avoir quelques détails.

Je soupire. L’idée de revivre la scène ne m’enchante pas mais s’il faut en repasser par là…

Des détails, je lui en donne donc à profusion et il m’écoute, silencieux. Je suppose, puisque je ne vois pas son expression, qu’il doit être concentré sur ce qu’il entend. A la fin de ma narration, il reste un instant silencieux, puis  reprend la parole.

— Tout ça est stupéfiant, Cali, dit-il. Il semblerait que nous ayons eu simultanément la même vision. Au palace, c’est vous qui avez déclenché ce saut dans l’espace temps. Je croise le regard de centaines de femmes et en ce qui me concerne, vous êtes la seule à avoir provoqué ce phénomène. Mais l’instant d’après, vous n’étiez plus là… Vos amis vous avaient emmenée avant que j’ai pu vous parler. Quoi qu’il en soit, je ne pouvais pas bouger de là où j’étais, « the show must go on » ! La Madonne n’aurait certainement pas apprécié que je disparaisse de la scène au moment ou elle allait faire son entrée.

— Evidemment… Mais quel choc cela a été pour moi ! Je n’ai jamais vécu une chose pareille. C’est digne d’un scénario de film fantastique !

— Oui, c’est fou ! Et j’imagine que pour vous le choc a dû être terriblement violent, étant donné que c’était la première fois que ça vous arrivait ! Il est parfaitement normal que votre corps vous ait lâchée.

— Et vous ? Est-ce que ça vous est déjà arrivé de vous effondrer après être entré en collision avec ces images ?

— Ça m’arrivait, oui, souvent, au début. Mais plus maintenant. Ce soir là, au Palace, en retrouvant mes esprits, j’ai réalisé que je me tenais fermement accroché à ma console, des deux mains.  Mon meilleur ami, présent en coulisse, m’a, plus tard, confirmé que mon comportement inhabituel l’avait inquiété. Mais heureusement pour le bon déroulement de la soirée, tout ça n’avait duré que quelques secondes ! Personne n’y a rien vu… En revanche, vous n’êtes pas passée inaperçue, car vos amis vous ont évacuée au moment ou la star de la soirée aurait dû être le centre de toutes les attentions, dit-il avec un sourire dans la voix.

— Je suppose qu’on a dû me prendre pour une fervente groupie à bout de force d’avoir gesticulé pendant des heures sur la piste de danse, j’envoie en riant, malgré le flot d’ émotions qui m’anime à ce moment-là.

— J’en ai bien peur, rit-il à son tour.

Je regarde devant moi, secouant doucement la tête, remuée par une évidence que je tente encore de refouler malgré la réalité, car au fond de moi, je suis bel et bien convaincue que ma rencontre avec Jordan est le point de départ d’une histoire incroyable.

— Jordan… Depuis quand, exactement, faites-vous ces rêves bizarres ? Je lui demande, en me retenant plus fort que jamais à la rambarde, comme si c’était elle qui avait le pouvoir de maintenir mes yeux hors de portée des siens…

Je l’entends inhaler une longue bouffée d’air, puis l’expirer lentement.

— Depuis l’adolescence, au moins… Oui, ça doit bien faire 15 ans maintenant,  que je fais ces rêves récurrents, répond-il d’un ton grave… Heureusement pour moi, j’en fais d’autres qui n’ont strictement aucun rapport avec ceux là, sinon je pense sincèrement,  que je serais devenu complètement fou. Mais si je m’en sors bien, je suis tout de même obligé d’admettre qu’ils m’ont suffisamment perturbé, pour m’empêcher de nouer une relation normale avec une femme.

— Pourquoi ça ?

— Parce que je me rends compte, chaque fois, que c’est elle que je cherche, la femme qui hante mes rêves.

— Cela ne doit pas être évident à gérer pour vous

— C’est très loin de l’être, Cali, en effet, rétorque-t-il, le regard sombre.

— C’est surement idiot, mais je me demande si, maintenant que je vous ai rencontré, je ne risque pas de faire une syncope, chaque fois que je vais apercevoir, un détail, n’importe quoi,  en rapport avec un de ces lieux que vous m’avez cité.

— C’est-à-dire ?

— Eh bien, vous avez rêvé de cette femme marchant sur le pont des arts et la dernière vision qui a frappé mon esprit, et par la même occasion fait dégringoler de ma chaise pour reprendre conscience quelques instants plus tard, indiquait très clairement le Pont où nous nous trouvons en ce moment-même.

Jordan semble réfléchir, puis dit :

— Je pense qu’il n’y a qu’une seule façon de découvrir si ça va se produire de manière systématique…

— Ah oui ? Et lequel ? Je demande, presque certaine de connaître la réponse

— Il va falloir qu’on se regarde.

Je le savais.

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