Premiere fois, chapitres 12 et 13…Fin de la première partie…

Cette fois-ci, c’est donc deux chapitres que je viens vous proposer, pour clore cette première partie qui correspond à tout ce que j’avais déjà écrit pour cette histoire… A la fin de cette lecture vous en serez donc presque au même point que moi, puisque j’ai commencé à continuer cette histoire, mais pas assez pour vous la livrer, pour le moment… J’espère que je vais parvenir enfin, cette année, à la finir ! Envoyez-moi toutes vos bonnes ondes, ça m’aidera à aller au bout de cette histoire…

Très bonne lecture à vous, et à très vite !

Chapitre 12

Promesse

De nouveau la morsure du froid, aussi cruelle et violente que des mâchoires d’acier, m’étreint le corps…

Les yeux d’ Hannah, mes yeux, s’ouvrent et Louis me parle…

— Ne me lâche pas, compris ? » me dit-il, sa main serrant fort la mienne. Je reste devant jusqu’en haut, ok ? 

— Ok, je réponds, encore un tout petit peu dans le flou de ma matérialisation dans le corps d’ Hannah…

Mais très vite, toutes mes sensations reviennent et je peux me faire une idée plus précise de l’instant présent. Tout autour de nous, la neige tombe, compacte et dense. Je suis debout, et nous marchons difficilement, pour essayer de rejoindre le col où le reste de l’équipe nous y attend. Louis me tient solidement la main et me conjure de ne la lâcher sous aucun prétexte. L’ascension  est difficile et épuisante. Je me retourne de temps en temps, pour tenter de distinguer nos poursuivants, mais je ne vois qu’un long manteau neigeux. Je sais, pourtant, qu’ils sont là !

Mon sac à dos me scie les épaules, mais je ne me résous pas à l’abandonner. Si jamais nous ne pouvions rejoindre les autres, il nous faudrait survivre dans le froid, et son contenu est vital pour notre survie.

Je ne peux m’empêcher de m’en vouloir. Je m’en veux terriblement de l’avoir entraîné dans  ce périple qui nous a conduit jusqu’au Tibet, et de chasseurs, nous a transformés en proies fragiles. Les nazis… Ils n’étaient pas prêts à se laisser capturer. Et si nous étions bien organisés, eux l’étaient tout autant. Leur réseau « d’entraide », était mis en place, dans le monde entier, depuis bien avant la guerre, alors que nous avions dû décrypter des tonnes de documents pour en reconstituer le puzzle. Ils avaient sans cesse une longueur d’avance sur nous. Mais ce que nous n’avions pas du tout prévu, c’est qu’ils me désigneraient comme l’ennemie à abattre.

Mon acharnement sur Stangl me revenait en pleine figure. « Der obersturmführer » avait décidé de continuer sa guerre, et j’étais devenue, à ses yeux, l’incarnation du peuple juif tout entier. Peut-être avait-il ainsi le sentiment de pouvoir retrouver son honneur et sa fierté qui avaient bien failli s’éteindre avec ce qu’il considérait comme l’ignoble acte final de ce lâche d’Hitler.

Je suis fatiguée, et l’idée de peut-être, finalement lâcher prise, commence à émerger dans mon esprit. Quand nous atteindrons le refuge, j’en parlerai à Louis. Je crois que le temps de ranger ma haine stérile est bientôt venu. Si ce n’est pour moi, ce sera pour Louis. Et quoi qu’il en soit, ma famille ne me sera jamais rendue. Il aura fallu bien des années pour que je le comprenne… Mais le jeu devient trop dangereux, et il est encore temps pour moi de le stopper.

L’ascension de ce col est de plus en plus éprouvante, et j’ai du mal à respirer. L’espoir que les choses changent et que nous passions à autre chose, me donne, cependant, le courage nécessaire pour gravir les quelques centaines de mètres qu’il nous reste à parcourir pour nous retrouver à l’abri.Je sais que c’est psychologique, mais je me sens soudain plus légère, et mon sac à dos me parait même moins lourd. Néanmoins, je ne vois toujours rien et je ne peux, pour avancer, me fier qu’à Louis, qui soudain, s’arrête.

— Chut ! dit-il en me forçant à me baisser… J’ai entendu un écho, je crois que c’était un coup de feu.

— Mais, non voyons ! Je l’aurais entendu aussi !

Pourtant, je dois bien admettre que j’aurais très bien pu ne pas l’entendre, tant j’étais concentrée dans mes pensées.

— Viens, nous allons contourner ce rocher, me dit Louis en m’entraînant à sa suite.

Il a à peine le temps de finir sa phrase, qu’une douleur aigüe me traverse la cuisse droite. Je crie et me tord de douleur en agrippant à deux mains ma jambe ensanglantée. Louis se jette alors sur moi, le regard paniqué, et nous projette au sol afin d’échapper aux balles qui maintenant fusent de toutes parts. Nos poursuivants utilisent des fusils munis de silencieux et les impacts sur la roche au dessus de nous, sont suffisamment éloquents ; ils sont là pour nous tuer.

Je retiens mon souffle, un temps qui me parait interminable. Ma cuisse me lance, et avec effroi, je vois mon sang rougir la neige. Louis passe son bras autour de ma taille et tant bien que mal m’aide à ramper quelques mètres pour nous mettre à l’abri derrière un rocher.

Les tirs ont cessé, du moins pour l’instant.

— Je crois que la distance qui nous reste à parcourir, aussi infime soit-elle, risque d’être un peu compliquée, dis-je, en tentant de masquer l’angoisse dans ma voix …

— Je vais faire un garrot autour de ta jambe, et tu vas abandonner ton sac. Je vais te porter, me répond Louis, tout en cherchant de quoi me soigner dans son propre sac.

C’est idiot comme parfois nous pouvons ressentir des choses totalement contradictoires. Alors que mon sang continue à fuir mon corps, je suis bêtement soulagée de pouvoir faire une pause…

Et si je m’endormais là, ce serait tellement bien, et je suis si fatiguée…

— Non, non, non, Hannah, mon amour, regarde-moi ! Ne t’endors pas !!! Regarde-moi, bon sang ! Il ne faut pas que tu t’endormes !

Comprenant instantanément que je viens de faire une peur bleue à Louis, je me secoue et respire un grand coup d’air glacé, qui me gèle presque les poumons…

— Non, ça va, ne t’inquiète pas… Je me sens seulement très lasse

— C’est normal, ma chérie, tu as perdu une bonne quantité de sang, mais ça va se stabiliser avec le garrot.

— Il n’y a plus de coups de feu ? Tu crois qu’on va réussir à atteindre le refuge ? 

— Il le faut ! On n’y voit pas grand-chose, mais devant nous,  il y a une petite formation rocheuse que nous devons passer avant de retrouver le chemin qui mène au refuge. C’est juste après.

— Tu veux dire que nous allons devoir escalader ? Je demande avec appréhension.  Je ne peux pas Louis… Comment le pourrais-je, avec ma jambe blessée ?! Tu vas le faire, et je vais attendre que tu reviennes avec de l’aide. Je peux rester à l’abri derrière ce rocher…

Louis ne répond pas mais il agit. Ses gestes sont précis malgré la tension qui l’anime et tire les traits de son si beau visage… Il découpe à l’aide d’un grand couteau la toile de son sac, en faisant en sorte qu’il ne reste que l’armature et les bretelles, qu’il allonge au maximum. Il fait passer mes bras dedans, et avec une corde fabrique une sorte de baudrier en l’enroulant de part et d’autre de mon entrejambe. Puis il fait remonter la corde autour de mes reins, ma taille, m’attachant ainsi à l’armature du sac.

— Louis…

— Hors de question que je prenne le risque de te laisser ici, dit-il enfin. Je n’ai aucune idée de l’endroit où sont planquées ces ordures, alors c’est définitivement non ! Je vais faire de toi mon sac à dos, mais je t’emmène.

— Et si ça ne tiens pas, Louis ? S’ils nous tirent encore dessus ?

— Je ne t’abandonnerai jamais ici, Hannah !!! C’est tout ! Avec la neige qui continue de tomber, ils n’y voient pas plus que nous. A mon avis, leur tentative était non réfléchie, à l’aveugle, au p’tit bonheur la chance ! Et ils ont loupé leur coup. C’est notre chance de nous en sortir. Allez, on y va… On a assez perdu de temps.

Je sais qu’il est inutile que j’insiste, il a une vraie tête de bois… Sauf que je n’arrive vraiment pas associer « p’tit bonheur la chance », avec des soldats expérimentés, sous les ordres d’un homme particulièrement intelligent. Mais Louis ne m’écoutera pas.

Il m’aide à m’asseoir et prend place lui-même entre mes jambes, afin de pouvoir également passer ses bras dans les bretelles. Puis m’agrippant avec sa main, il exerce un mouvement violent pour nous faire pivoter, à l’horizontale. Je me retrouve sur son dos, et lui, ventre contre neige. Il commence alors à ramper, en poussant sur ses jambes… Je suis un poids mort sur lui, et ma cuisse me fait atrocement souffrir. Je garde ma tête bien baissée, et je m’accroche à lui, avec toute l’énergie du désespoir, en priant tout bas le ciel de nous accorder la force, et la chance, d’arriver jusqu’au gite…

Mais une sourde angoisse m’étreint et une affreuse certitude naît au creux de mon ventre… Alors je prie encore plus fort… Yahvé, Bouddha, les anges et toute la sainte trinité même ! Je les supplie de ne pas nous abandonner, de nous accorder la chance de vivre notre histoire d’amour.

La réponse arrive dans la foulée. Tandis que Louis nous hisse sur la roche en léger surplomb, seul accès pour atteindre le sommet et pouvoir ensuite redescendre, le bruit fracassant d’une explosion retentit. En un éclair, sous la force du choc, sa main droite décroche de sa prise, entraînant nos corps qui se retrouvent violemment dégagés du harnais de fortune. Louis parvient in extremis à freiner sa chute en plantant ses pieds sous une aspérité, mais j’ai moins de chance que lui. Je me retrouve suspendue au dessus du vide agrippée à sa main droite et les élancements dans ma cuisse ont atteint un niveau de douleur intolérable.

Au-dessus de moi, Louis me crie quelque chose, mais le bruit de l’explosion m’a assourdie et je l’entends à peine… Je ne vois que la lueur dans ses yeux, une lueur d’effroi et de rage mêlées, et son beau visage déformé par la peur et l’angoisse. Louis continue à me crier des mots que je n’entends qu’à peine, essayant du mieux qu’il le peut à assurer la prise fragile sous ses pieds pour tenter de me hisser vers le haut. Mais ma jambe ankylosée est devenue un poids mort et très vite, je sens mes mains qui commencent à glisser. Je devine que je n’ai plus le temps pour rien, ni pleurer, ni supplier, ni tenter de raffermir ma prise sur sa main. Pourtant, ce même temps que je n’ai plus, m’octroie une ultime faveur et s’arrête. Je retrouve mes capacités auditives et j’entends enfin la voix de Louis

— Ne me lâche pas Hannah… Je t’en prie, je t’en prie, mon amour tient bon ! Crie-t-il, la voix déchirée par la rage et le désespoir.

— Louis, dis-je, soudain totalement réceptive à notre devenir, je te retrouverai si tu me cherches !!

Et tandis que mes mains glissent encore un peu, je plonge mon regard au plus profond de ses prunelles noyées de larmes.

— Promets-moi de me chercher, Louis !

— Hannah, non, non ! Ne lâche pas ma main, je t’en supplie mon amour !

Une rage animale monte en moi avec la vigueur d’un torrent au premier jour du printemps, et je lui hurle alors de toutes mes ultimes forces :

— Promets-moi !!!!

Alors, il comprend, et se noie lui aussi dans mon regard, une seconde, une vie, pour l’éternité… Mes mains sont maintenant presque détachées de la sienne…

— Je te le promets, lâche-t-il dans un souffle, son regard voilé chevillé au mien, tandis que mes mains n’ont finalement plus de prise et que je tombe inexorablement vers l’abîme…

— Je t’aime, Louis…

Ces mots qui sortent de ma bouche, je les ai à peine murmurés mais je sais qu’ils ont atteints leur destination car je vois les lèvres de Louis bouger et mon cœur emprisonne les mots qui s’en échappent.

— Je t’aimerai toute ma vie Hannah… Mon amour… Je te retrouverai, peu importe le temps qu’il me faudra pour y parvenir.

Je ferme les yeux, en apesanteur, portée par la réponse à ma prière. Ce ne sera pas dans cette vie, mais je sais que nous nous retrouverons. Et tandis que je glisse vers le blanc manteau au pied de la montagne, j’ouvre à nouveau les yeux et soudain…

Chapitre 13

Point d’ancrage

Plus rien… Le noir, le vide absolu. Plus aucune sensation… Vue, toucher, odorat, goût, effacés, partis… Juste la conscience terrifiante de tout ce rien, et perdue au tréfonds de l’absence de tout, la réminiscence d’une ancre, logée quelque part, au delà du néant…

« Je »… « vois »… Ce point minuscule et brillant, à une distance indéfinie, seul au fond de l’obscurité.

 « Je » suis… Je ne sais pas ce que je suis, mais, je suis… Et, je veux… Oui, je veux cette lumière.

L’accélération est fulgurante. Il a suffit que « je », « veuille ». Entraînée, bousculée, remorquée à une vitesse défiant toute norme connue, mon âme encore entité éthérée, prend une dimension en percutant le point lumineux qui se tord, s’allonge et s’ouvre en un vortex, m’aspirant dans son cœur. 

Je ne suis rien encore et pourtant, je ressens à nouveau, les formes, la lumière et les couleurs du vortex, et le camaïeu de bleu que je perçois, me submerge de la certitude que c’est ma direction. Je dois aller vers ce bleu intense, parce que c’est la couleur de l’ancre… Cette ancre que je dois retrouver. Je dois suivre la couleur, de plus en plus en proche, lumineuse, intense. Elle m’appelle, et rien d’autre n’a d’importance. Ni ce que ça signifie, ni où ça m’entraîne et vers quoi. Je dois, je fais.

Mais soudain je suis ralentie, je suis freinée… Le bleu est toujours là, mais commence à se perdre dans une multitude d’autres tons, pour finir par n’être de nouveau qu’un point, perdu dans une infinité de bruns et d’ambre. Je ne peux pas exprimer, crier, parler, je ne suis qu’une entité… Alors je pousse les curseurs de ma volonté au maximum, parce que je sais que sinon, si je ne parviens pas à rejoindre le bleu, ce sera le retour au néant. Je pousse la matière qui me retient, comme m’embourbant dans un sable mouvant, je pousse et je tends une main immatérielle vers tout ce qui pourra m’accrocher et me remettre dans une voie dégagée.

Je me sens de nouveau happée ; Quelque chose que je ne peux encore définir a attrapé ma main virtuelle… Mais je ressens une forme de proximité, de ressemblance et d’alliance avec cette chose. Je comprends, je comprends que c’est une autre entité. Je me fonds en elle, et la voie se dégage, me montrant à nouveau au loin mon ancre, mon point bleu.

Il se rapproche, se rapproche, de plus en vite. Ce n’est plus ma volonté qui tient la barre du navire, c’est celle de l’autre entité. Elle me porte vers mon ancre, et me protège de sa force, comme dans un cocon. Sa force… Vive.

Je m’abandonne à cette aide miraculeuse, que je sais déjà aimer… Les contours du vortex ont disparu, mais d’autres sont apparus, et d’autres sensations avec. Je perçois maintenant des couleurs aux nuances rouges et orangés, tandis que je ressens un rythme, qui bat une mesure, forte et régulière. Je l’entends de plus en plus, et de plus en plus fort, et toujours au loin, mon ancre bleue.

Mais alors que ce que j’entends, ce battement, devient assourdissant, en une fraction de seconde, je suis à nouveau projetée violemment dans une lumière blanche. Est-ce fini ? Je ne vois plus le point bleu. Mais je ressens toujours l’entité protectrice autour de moi. Pourquoi ne le vois-je plus ? Pourquoi ?? Pourquoi ai-je la sensation d’être revenue  dans une nouvelle forme de néant. Parce que je dois reprendre les commandes. L’entité sœur me guide, mais je dois décider. Et je décide que je ne veux pas que la course vers mon ancre  s’arrête  Je veux reprendre, ouvre-moi la route, ouvre là encore, ouvre ! Ouvre ! OUVRE LE CHEMIN !!!

La lumière blanche semble se déchirer en deux, s’entrouvrant sur une sorte de ligne horizontale, s’étirant en haut et en bas, pour former un ovale allongé aux contours luminescents, par lequel j’aperçois, des couleurs vives et lumineuses.

Puis, plus rien à nouveau. Puis la même forme, et cette fois, ils sont là…

Ils sont là. Les yeux, SES yeux, ce bleu, et tout revient.

Je suis Hannah, je suis avec l’autre entité… Je te regarde, à travers elle, et elle te regarde à travers moi. Je suis dans son futur, elle est dans mon passé. Mais nous regardons la même chose, le bleu de ses yeux… Mon ancre.

©Virginie Staiano (avril 2016 – dernière mouture Automne 2020)

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